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Transmettre son entreprise à ses salariés : la voie SCOP

9 septembre 2026 · La Relève

Vous cherchez un repreneur depuis plusieurs mois, les visites se succèdent sans déboucher sur une offre sérieuse, et une question commence à s’imposer : et si la solution était déjà dans l’entreprise ? Céder à un ou plusieurs de ses salariés, sous forme de société coopérative (Scop), est une voie qu’on envisage rarement en premier — et pourtant elle répond précisément aux inquiétudes qui pèsent le plus lourd chez un cédant : la continuité de l’activité, le sort des équipes, et la certitude que l’entreprise ne sera pas dépecée ou délocalisée après la vente.

Pourquoi de plus en plus de cédants envisagent une transmission à leurs salariés ?

Le contexte y pousse mécaniquement. Selon une étude de Bpifrance Le Lab menée avec CCI France, CMA France et l’association CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires), près de 370 000 entreprises françaises — dont 310 000 TPE et 58 000 PME — seront potentiellement à transmettre d’ici 2030, soit environ trois fois plus que le volume d’opérations réalisées aujourd’hui chaque année. La Direction générale des entreprises (DGE) évalue, de son côté, à environ 500 000 le nombre de dirigeants susceptibles de partir à la retraite sur la même période, mettant en jeu près de 3 millions d’emplois salariés.

Face à ce volume, tous les cédants ne trouveront pas un repreneur externe dans les délais souhaités, en particulier sur des activités très liées à la personne du dirigeant ou implantées dans des zones où la demande de reprise est faible. Transmettre à ceux qui connaissent déjà l’entreprise de l’intérieur devient alors une option à considérer sérieusement, et pas seulement un pis-aller.

Qu’est-ce qu’une SCOP, concrètement ?

Une société coopérative et participative (Scop) est une société commerciale classique — SA, SAS ou SARL — dont les salariés sont associés majoritaires. Concrètement, les règles de fonctionnement imposent que les salariés détiennent au minimum 51 % du capital social et 65 % des droits de vote en assemblée générale ; des investisseurs extérieurs peuvent participer au tour de table, mais dans la limite de 49 % du capital et 35 % des voix.

La gouvernance suit un principe simple, hérité du mouvement coopératif : chaque salarié associé dispose d’une voix, quel que soit le montant de son apport en capital. Le dirigeant reste élu par les salariés associés, pour un mandat renouvelable — ce n’est donc pas une dilution du pouvoir de décision, mais une autre manière de l’organiser.

Quels avantages concrets pour vous, cédant ?

Trois éléments reviennent systématiquement dans les retours d’expérience de dirigeants ayant choisi cette voie :

  • La continuité opérationnelle. Les repreneurs connaissent déjà les clients, les fournisseurs, les méthodes de travail et les points de vigilance de l’entreprise — la période de transition est généralement plus fluide qu’avec un repreneur totalement extérieur.
  • Un ancrage local préservé. L’activité reste sur son territoire, avec son équipe, ce qui compte particulièrement pour un commerce ou un atelier artisanal dont la clientèle est fidélisée par des visages familiers.
  • Une pérennité mesurable. Selon le bilan 2024 de la Confédération générale des Scop (CG Scop), les transmissions d’entreprises saines vers une Scop affichent un taux de survie à 5 ans de 90 %, contre des taux sensiblement plus bas pour les créations classiques ou les reprises d’entreprises en difficulté. Sur la même année, l’ensemble des Scop et Scic a vu ses effectifs progresser de 4 % (près de 87 700 salariés) et son chiffre d’affaires de 6 % (10,2 milliards d’euros).

Ce dernier point mérite d’être souligné auprès d’un cédant : la question n’est pas seulement de vendre, mais de vendre à une structure qui a statistiquement de bonnes chances de poursuivre l’activité sur le long terme.

Que reste-t-il des incitations fiscales après la loi de finances 2026 ?

Le paysage fiscal de la reprise interne a changé récemment, et il est important de ne pas se fier à des informations datées. La loi de finances pour 2026 a supprimé le crédit d’impôt spécifique aux sociétés constituées pour racheter le capital de leur entreprise par les salariés (prévu à l’article 220 quater du code général des impôts), ainsi que la déduction d’intérêts d’emprunt qui l’accompagnait pour les salariés emprunteurs. Ce “toilettage” budgétaire, justifié par une faible utilisation du dispositif, réduit l’avantage fiscal des montages classiques de rachat par les salariés hors cadre coopératif.

Deux points restent en revanche acquis à ce jour :

  • L’abattement de 500 000 € sur les droits d’enregistrement, applicable depuis le 1er janvier 2024 (il était auparavant plafonné à 300 000 €), lorsque le fonds de commerce ou les titres de la société sont rachetés par un salarié ou un membre de la famille du cédant, sous réserve que le repreneur poursuive effectivement l’activité pendant au moins cinq ans.
  • L’exonération de cotisation foncière des entreprises (CFE) dont bénéficient les Scop, prévue à l’article 1456 du CGI — un allègement récurrent qui s’ajoute aux avantages ponctuels liés à l’opération de reprise elle-même.

Ces règles évoluent régulièrement : avant d’engager une opération, un point avec votre expert-comptable ou l’union régionale des Scop de votre secteur permet de sécuriser le montage sur la base des textes en vigueur au moment de la cession.

SCOP ou vente classique à un repreneur externe : comment choisir ?

CritèreVente à un repreneur externeTransmission en Scop
Délai de rechercheVariable, dépend du marché et de l’attractivité du secteurRéduit : les repreneurs sont déjà identifiés dans l’entreprise
Connaissance de l’activité par le repreneurÀ construire pendant la transitionDéjà acquise
Financement du rachatApport personnel, prêt bancaire, crédit-vendeur du repreneurApports cumulés de plusieurs salariés, prêt collectif, crédit-vendeur
Gouvernance après la venteDécidée librement par le nouveau propriétaireUn salarié associé, une voix — gouvernance partagée
Adaptée siVous souhaitez céder rapidement à un profil unique et autonomeVous avez une équipe stable, motivée, et prête à s’investir dans le projet

Aucune formule n’est supérieure dans l’absolu : le bon choix dépend de la taille de l’équipe, de sa cohésion, et de la présence ou non, en interne, de personnes capables de porter un projet de reprise collective.

Comment se déroule une transmission en Scop, étape par étape ?

La démarche suit généralement quatre grandes phases : d’abord un diagnostic de faisabilité, souvent réalisé avec l’union régionale des Scop, pour vérifier l’intérêt et la capacité financière des salariés candidats à la reprise. Vient ensuite la structuration du financement, qui combine le plus souvent apports personnels des salariés, prêt bancaire, et parfois un crédit-vendeur du cédant échelonnant une partie du paiement. La troisième étape est la transformation juridique de la société en Scop, ou la création d’une nouvelle Scop qui rachète le fonds ou les titres. Enfin, une période de transition accompagnée — six mois à un an en général — permet au cédant de transmettre progressivement ses responsabilités opérationnelles et relationnelles, notamment auprès des clients historiques.

Cette solution est-elle adaptée à toutes les entreprises ?

Pas systématiquement. Elle suppose une équipe suffisamment stable et volontaire pour s’engager collectivement — ce qui est plus naturel dans un atelier de production, un commerce avec plusieurs salariés expérimentés, ou une entreprise de services où le savoir-faire est partagé, que dans une structure reposant presque entièrement sur le carnet d’adresses personnel du dirigeant. Il est également nécessaire qu’au moins un ou deux salariés soient prêts à assumer un rôle de direction, avec l’accompagnement nécessaire pour monter en compétence sur ce plan.

Dans les cas où aucun salarié ne se positionne, ou où l’activité nécessite un profil de repreneur avec une expertise sectorielle spécifique, la recherche d’un repreneur externe reste la voie la plus adaptée — les deux options ne sont d’ailleurs pas exclusives : rien n’empêche d’explorer les deux pistes en parallèle avant de trancher, comme le détaille notre article sur les 5 étapes clés d’une transmission réussie.

Anticiper, quelle que soit la voie choisie

Qu’elle se conclue avec un salarié, un membre de la famille ou un repreneur totalement extérieur, une transmission se prépare rarement dans l’urgence. Les cédants qui engagent la réflexion plusieurs années avant l’échéance — pour former une relève interne, structurer leur comptabilité ou simplement clarifier leurs objectifs — abordent la suite avec beaucoup plus de sérénité, comme nous l’expliquions dans notre article sur pourquoi préparer sa cession dès 55 ans.


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